jeudi 18 décembre 2014

La photopériode, facteur de changements annuels

L’hiver est à nos portes, les journées raccourcissent et plusieurs sont affectés par cette diminution de luminosité. Certains vont même souffrir de dépression saisonnière. La journée la plus courte de l’année, le 21 décembre, qui est aussi le début de l’hiver, est ce qu’on appelle le solstice d’hiver. Le changement annuel de luminosité, du solstice d’hiver au solstice d’été, est appelé photopériode.
 
Si l’homme est affecté par ces changements saisonniers de luminosité, il en est de même pour la faune et la flore. Tout ce qui est vivant est influencé par la photopériode, à petite ou à grande échelle. 
 
Un des signes les plus visibles de l’influence de la photopériode chez les plantes est le changement de couleur des feuilles d’arbres à l’automne. Les plantes, durant l’été, sont vertes puisqu’elles sont remplies de pigments de chlorophylle. La chlorophylle doit être remplacée tout au long de l’été pour compenser pour les pigments qui se dégradent. C’est la chlorophylle qui permet aux plantes de faire de la photosynthèse et donc de produire les sucres dont la plante à besoin pour vivre. Mais, lorsque l’été s’achève, que le nombre d’heure de clarté diminue et que les températures rafraichissent, les nervures qui transportent les fluides entrant et sortant des feuilles, commencent à se boucher, tranquillement au début et puis de plus en plus rapidement. C’est un type de liège qui se forme à l’intérieur des nervures, diminuant le transport d’eau et de minéraux, causant la diminution de chlorophylle dans les feuilles. C’est à ce moment que les autres pigments, cachés pendant l’été par la forte concentration de chlorophylle, commencent à paraitre. Les pigments de l’automne sont les caroténoïdes, qui donnent les jaunes et oranges, et les anthocyanes, qui donnent les couleurs rouges et mauves. Lorsqu’il n’y a plus de circulation du tout dans les feuilles, celles-ci tombent et le cycle recommence le printemps suivant.
 
La photopériode influence aussi la floraison des plantes à fleurs. Certaines plantes ont besoin d’un nombre d’heure de clarté afin de fleurir, d’autres ont besoin d’un nombre d’heures de noirceur. C’est pour cette raison que les plantes ne fleurissent pas toutes en même temps, mais vont plutôt fleurir du printemps à l’automne, chacune à leur tour.
 
Comme mentionné plus tôt, les animaux aussi sont influencés par la photopériode. Conjointement aux changements de température, la photopériode influence les animaux à entrer en hibernation et à migrer. Il y a aussi des changements plus subtils comme les changements de comportements sexuels, de recherche de nourriture et les variations morphologiques.
 
Chez les oiseaux et les mammifères, les changements de luminosité vont être perçus par l’hypothalamus (une structure du cerveau), la glande pinéale (une glande associée à l’hypothalamus) et la rétine. Ces changements vont affecter la production de différentes hormones qui elles, par la suite, vont influencer les réactions physiologiques tels que la croissance des organes sexuels, la mue et la migration. Chaque espèce a un cycle annuel précis et réagit donc différemment à l’allongement ou raccourcissement des journées. C’est pourquoi l’accouplement chez les animaux se fait à différents moments de l’année. C’est aussi ces hormones qui vont influencer les hibernants à manger plus à l’automne, puis à ralentir leurs activités pour finalement entrer en hibernation en réduisant considérablement leurs activités métaboliques ainsi que leur température corporelle, leur rythme cardiaque et leur respiration.
 
Bien que l’hiver ne soit pas une saison facile pour tous, il fait parti d’un cycle naturel qui permet de régulariser les populations. Plusieurs plantes et animaux dépendent de cette saison pour compléter leur cycle de vie, comme certains papillons, qui passent l’hiver dans un cocon, et qui ont besoin du froid avant de devenir un joli papillon au printemps. Alors, que vous soyez du type ours à vous cacher tout l’hiver ou plutôt du type loutre qui profite de la neige, sachez que dès le 22 décembre, les journées recommenceront à s’allonger pour nous rapporter le printemps et la douce chaleur de l’été. 

 
 
Auteure : Stéphanie Bentz, biologiste responsable de l’éducation
 
Crédit photo: Stéphanie Bentz
 
Sources :
Gill, Frank. Ornithology. New York : W.H. Freeman and Company, 2007. Imprimé.
Hickman, Cleveland, Larry Roberts, Susan Keen, Allan Larson, Helen l’Anson et David Eisenhour. Integrated principles of zoology. New York : McGraw-Hill, 2008. Imprimé.
Mader, Sylvia. Biology. New York : McGraw-Hill, 2007. Imprimé.

jeudi 23 octobre 2014

La chauve-souris, une espèce à protéger

Avec l’Halloween qui approche, on commence à apercevoir des décorations un peu partout et un animal emblème de cette fête des enfants est la chauve-souris. Même si elle a sa place dans les maisons le temps d’une soirée, la chauve-souris a une mauvaise réputation, puisqu’on l’associe à la nuit, aux vampires et à la rage. Les gens ne veulent pas l’avoir près des maisons ou pensent qu’elle peut s’agripper aux cheveux. Malgré toutes ces idées préconçues entourant les chauves-souris, celles-ci sont d’une grande importance pour les écosystèmes et même pour nous. 

Les chauves-souris font partie de l’ordre des chiroptères, ce qui signifie : « ailes en forme de main ». Elles sont les seuls mammifères ayant la capacité de voler et sont répandues sur l’ensemble du globe, excepté pour l’Arctique et l’Antarctique. On compte plus de 1300 espèces de chauves-souris, principalement dans les régions tropicales. Au Québec, nous avons huit espèces dont sept sont présentes en Gaspésie. 

Le régime alimentaire des chauves-souris est très varié. Certaines se nourrissent de fruits et de nectar, de poissons, de grenouilles, d’insectes et même de sang. Même si plusieurs croient que toutes les chauves-souris sont assoiffées de sang, croyance popularisée par les films de vampires, seulement trois espèces s’en nourrissent. Et, elles préfèrent le sang des bovins, des chevaux et des oiseaux à celui des hommes. De plus, elles ne sucent pas le sang, mais vont plutôt laper, tel un chat, le sang coulant d’une incision qu’elles font avec leurs dents. Ces trois espèces se retrouvent en Amérique latine, donc aucune chance d’en croiser une dans les régions québécoises. 

Toutes les espèces de chauves-souris présentes au Québec sont insectivores. Elles nous rendent un grand service en mangeant de grandes quantités d’insectes chaque nuit. Elles peuvent manger l’équivalent de leur poids en insectes, ce qui équivaut à environ 600 insectes à l’heure. Elles nous débarrassent donc de plusieurs insectes nuisibles pour l’agriculture et la foresterie et aident à notre confort en mangeant des insectes piqueurs. 

Comme elles vivent la nuit et que leur vue n’est pas très bonne, les chauves-souris québécoises vont utiliser l’écholocalisation. Elles vont émettre des sons, et en écoutant l’écho de ceux-ci, vont pouvoir repérer et détecter les proies, les prédateurs et les obstacles. Comme ces sons voyagent sur de courtes distances, soit environ trois mètres, les chauves-souris ont un vol lent, mais très habile. 

Puisqu’elles sont très utiles, il est important de les protéger, d’autant plus que plusieurs espèces de chauves-souris ont un statut préoccupant. Au Québec, trois espèces ont le statut « en voie de disparition » et toutes les espèces voient leur population chuter depuis plusieurs années. Plusieurs menaces pèsent sur les populations de chauves-souris, la plupart étant anthropiques. Certaines menaces, comme la perte d’habitat, l’utilisation de pesticides et les dérangements humains, sont présentes depuis longtemps. Mais dans les dernières années, deux nouvelles menaces affectent les chauves-souris vivant au Québec, le syndrome du museau blanc et les éoliennes. Le syndrome du museau blanc est une infection par un champignon, qui affecte les chauves-souris passant l’hiver au Québec en hibernation. Les chauves-souris résidentes hibernent dans des cavernes humides et fraîches, le même endroit où prolifère le champignon. Ce syndrome se caractérise par une forte mortalité dans les populations. Cependant, la cause exacte de mortalité est toujours inconnue. Les éoliennes affectent les chauves-souris qui migrent durant l’hiver. Comme elles volent plus haut que les autres chauves-souris, elles sont affectées par un changement de pression dans l’air derrière les éoliennes, ce qui force de grandes quantités d’air à entrer dans les poumons des chauves-souris, causant la mort. Plusieurs chercheurs font des études sur ces deux problématiques afin de rétablir les populations de chauves-souris. 

Plusieurs démarches peuvent être faites afin d’aider les populations de chauves-souris québécoises. Elles ont besoin de certains habitats afin de se nourrir, mais aussi de s’abriter. Il faut donc protéger ces habitats. Elles apprécient les milieux humides comme les étangs et les marécages pour s’alimenter et les cavernes et arbres à tronc creux pour s’abriter. Il est aussi possible d’installer des nichoirs à chauves-souris, afin de leur offrir un abri supplémentaire. C’est d’ailleurs ce que nous avons fait au Bioparc avec l’installation de huit nichoirs. Si tout le monde fait sa part, nous pouvons améliorer le sort des chauves-souris, méconnues, mais essentielles. 




Source photo : Stéphanie Bentz
Auteure : Stéphanie Bentz, biologiste responsable de l’interprétation, Bioparc de la Gaspésie
Sources : Biodôme de Montréal et Metro Toronto Zoo. Programme de protection des chauves-souris. http://municipalite.duhamel.qc.ca/pdfs/PDF_9.pdf (Page consultée le 8 octobre 2014)
Bat conservation international. [En ligne]. http://www.batcon.org/ (Page consultée le 8 octobre 2014)
Prescott, Jacques et Pierre Richard. Mammifères du Québec et de l’est du Canada. Waterloo : Éditions Michel Quintin, 2004. Imprimé.

jeudi 18 septembre 2014

Un panache comme couvre-chef

L’automne arrive à grands pas, la température refroidit et les journées sont plus courtes. La nature se prépare pour passer l’hiver, les arbres changent de couleur et les animaux s’apprêtent à migrer, à entrer en hibernation ou à hiverner.

Pour certains animaux, l’automne est la période de reproduction. De cette façon, les petits naissent au printemps, lorsque la nourriture est disponible. Les mâles d’une famille d’animaux se préparent tout l’été pour être fin prêts au moment de la période des amours, ce sont les cervidés. Au Québec, nous avons trois espèces de cervidés, soit les orignaux, les cerfs de Virginie et les caribous. Plusieurs caractères permettent de les différencier, mais un caractère particulier les unit : le panache.

Le panache est une structure importante pour les cervidés, qui permet aux mâles de déterminer le rang de dominance et la priorité d’accès aux femelles. Il se développe à partir de l’os frontal, c'est-à-dire le devant du crâne. C’est une structure osseuse recouverte de velours, un tissu richement vascularisé qui permet l’apport et le dépôt de sels minéraux sur le panache en croissance. La croissance commence en avril et continue jusqu’à la fin août, début septembre. C’est le niveau de testostérone chez les mâles qui induit la croissance.

Lorsque le taux de testostérone atteint son maximum, le flux sanguin cesse dans le velours et celui-ci sèche et se détache en lambeaux. Afin d’accélérer le processus, les cervidés vont frotter leurs bois sur des arbres et des arbustes. Durant l’automne, c’est le temps de la reproduction. Les mâles comparent leur panache et en viennent parfois à se battre pour établir leur dominance. 

Une fois le rut terminé, le taux de testostérone chute et cause la perte du panache, généralement en décembre ou janvier. Il arrive que le panache tombe un côté à la fois, à quelques jours d’intervalle.

Malgré la croyance populaire, le nombre de pointes sur le panache ne permet pas de déterminer l’âge d’un cervidé. En fait, la taille du panache est en lien direct avec la masse corporelle de l’animal et va aussi être influencée par la nourriture, la génétique, le stress et la maladie. La façon la plus efficace de déterminer l’âge du cervidé est de couper horizontalement une incisive et compter les anneaux de croissance comme on le ferait sur un arbre. 

Comme l’exception fait la règle, dans la famille des cervidés, une espèce du Québec est différente des autres. Les caribous femelles peuvent porter le panache comme les mâles. On peut tout de même différencier les mâles et les femelles par la grosseur du panache, celui des mâles étant plus grand et complexe, et aussi par le fait que la femelle le garde plus longtemps. Les mâles perdent leur panache à la fin de l’automne alors que les femelles le gardent tout l’hiver et le perdent après la mise bas, au printemps. De cette façon, elle s’assure un accès à la nourriture pour elle et son petit. Le panache commence à croitre vers le mois de juin. 

Donc, que ce soit pour démontrer sa dominance ou pour s’assurer un accès à la nourriture, le panache est d’une grande importance, mais de courte durée. Et même si les populations de cervidés sont grandes au Québec, il est rare de trouver un panache en forêt. C’est parce que les rongeurs, comme les écureuils et les porcs-épics, rongent les bois afin de récupérer les sels minéraux qui le composent. Une belle récupération qui montre que dans la nature, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.






Auteure : Stéphanie Bentz, biologiste responsable de l’interprétation
Photo : Stéphanie Bentz
Source : Prescott, Jacques, J. Ferron et J. Taillon. Sur la piste de nos cervidés. Collection Nature Sauvage. 2013.


jeudi 14 août 2014

Qui donc nous chante sa sérénade?

Dans le règne animal, plusieurs animaux communiquent à l’aide de différents sons : les loups hurlent, les oiseaux chantent et les insectes jouent de la musique.

Pendant l’été, nous pouvons entendre, jour et nuit, le grésillement des sauterelles, des criquets et des grillons. Mais comment faire pour différencier ces trois insectes qui agrémentent nos sorties en plein air? Avant de les différencier, il faut savoir qu’ils font tous partie de l’ordre des Orthoptères, qui signifie ailes droites, en latin. De plus, ils possèdent tous des pattes arrière très musclées, leur permettant de faire des bonds impressionnants.

La couleur de ces insectes ne permet pas de les différencier, puisqu’il y a une grande variabilité dans les couleurs des trois familles. Les sauterelles sont souvent dans les teintes de vert, mais peuvent aussi être brunes. Les criquets ont des couleurs très variables, du vert foncé au brun en passant par le jaune. Les grillons ne sont jamais verts, mais sont plutôt dans les teintes de beige, brun ou noir.

La première caractéristique qui permet de les différencier est la longueur des antennes. Les sauterelles et les grillons ont des antennes longues et fines, généralement plus longues que leur corps. Les criquets ont, pour leur part, des antennes courtes et épaisses. Les antennes vont permettre aux insectes de tout percevoir dans leur environnement. Elles servent pour l’odorat, le toucher et le goût.

Le corps des criquets et des sauterelles est cylindrique ou comprimé latéralement, alors que les grillons ont un corps trapu, aplati dorsoventralement. Les criquets et les sauterelles se cachent généralement dans la végétation, les grillons préfèrent fuir le soleil et se cacher au sol, dans un terrier ou parmi la litière.

Les trois familles n’ont pas le même régime alimentaire. Les criquets sont herbivores, et vont donc manger des végétaux et principalement de l’herbe. Ils peuvent d’ailleurs faire des ravages dans les cultures, surtout lorsqu’ils sont grégaires, c’est-à-dire qu’ils forment des groupes. Les grillons sont omnivores ou détritivores, ils se nourrissent de ce qu’ils trouvent au sol. C’est d’ailleurs pourquoi il est facile d’en faire l’élevage pour nourrir lézards et arthropodes. Bien qu’il existe quelques espèces de sauterelles herbivores, la plupart sont omnivores ou carnivores. Les omnivores se nourrissent de chenilles, de pucerons et de plantes, alors que les carnivores mangent d’autres insectes, certaines mangent même des criquets et des grillons.

Finalement, les trois familles utilisent des sons pour attirer les membres de l’autre sexe pendant la reproduction et pour marquer leur territoire. Les sauterelles et les grillons créent des sons en frottant les deux ailes antérieures ensemble. Les criquets vont plutôt utiliser les tibias de leurs pattes arrière qu’ils vont frotter sur leurs ailes. La plupart des espèces de grillons et de sauterelles sont nocturnes, quoiqu’on puisse en apercevoir le jour. Les criquets sont plutôt diurnes, bien qu’on puisse en entendre la nuit. Chaque espèce possède un registre de sons différents qui varie en fonction des saisons et de la température.

Donc, qu’il s’agisse de la sauterelle, du grillon ou du criquet, les trois composent cet orchestre qui enchante nos sorties d’été, que nous soyons en promenade dans un champ ou à se reposer sur le bord d’un feu. 

 Criquet

 Sauterelle

 
Auteure : Stéphanie Bentz

Source : Bourassa, Jean-Pierre. Le monde fascinant des insectes. Éditions MultiMondes. 2011.


Photo : Stéphanie Bentz



 

jeudi 17 juillet 2014

Lichen et mousse, organismes millénaires

 
La mousse et le lichen sont des organismes qu’on retrouve souvent au même endroit mais, plusieurs personnes les confondent. Lorsqu’on les observe de plus près, il est pourtant facile de les différencier.

Le lichen est en fait une symbiose (une relation intime et durable entre deux espèces différentes) entre une algue et un champignon. Les lichens sont peu étudiés et on estime le nombre d’espèces à 20 000. Chaque espèce est une association entre différents champignons et algues. La partie champignon, appelée mycobionte, fournit le support et la protection, apporte les sels minéraux, procure une réserve d’humidité et facilite l’alimentation en gaz carbonique (CO2). La partie algue, appelée photobionte, fournit les nutriments résultants de la photosynthèse, soit les sucres et l’oxygène (O2). Les lichens peuvent avoir différentes morphologies, en fonction du substrat sur lequel ils croissent. Ils peuvent d’ailleurs être retrouvés dans presque tous les milieux, arbres, roche, sur le sol et même sur des bâtiments. Ils ont une croissance très lente et peuvent temporairement arrêter leur croissance si les conditions ne sont pas adéquates, pendant l’hiver ou lors d’une dessiccation (action de se dessécher) par exemple. Ils ont la capacité de résister à de fortes sécheresses et peuvent aussi se réhydrater, lorsque l’humidité revient.

Les mousses sont plutôt des plantes non vasculaires. Elles ne font pas de fleur et n’ont pas de racines véritables. Elles absorbent les nutriments et l’eau à travers leurs feuilles et produisent leur nourriture à l’aide de la photosynthèse. Les mousses ont besoin de milieux humides pour survivre, puisqu’elles n’ont pas de système de transport d’eau comme les plantes à fleur et que leurs feuilles ne sont pas imperméables à l’évaporation. De plus, la reproduction se fait à l’aide de l’eau, donc il est essentiel pour les mousses d’avoir un endroit humide, c’est pour cette raison qu’on les trouve souvent près des cours d’eau. Tout comme le lichen, la mousse peut pousser sur toutes sortes de substrats.

Beaucoup d’espèces de lichen sont pionnières, c’est-à-dire qu’elles ont la capacité de coloniser des milieux extrêmes, suite à un feu par exemple, pour être rapidement suivi des mousses. Ces deux organismes vont produire de la matière organique et permettre à d’autres espèces de s’établir. Les deux sont importants dans les écosystèmes à différents niveaux. Le lichen sert de nourriture pour quelques espèces animales comme le caribou. Certains peuples vont aussi manger du lichen, quoiqu’il faut s’assurer de manger le bon, puisque certaines espèces sont vénéneuses. On utilise aussi les lichens comme indicateurs de pollution, à des fins médicales, et aussi pour en faire des teintures et des parfums. Les mousses sont utilisées pour faire des toits verts et on récolte la sphaigne, une espèce de mousse, comme fertilisant.

Ces deux organismes, aussi petits qu’ils soient, ont une grande importance dans la biodiversité des milieux. Ils sont sur Terre depuis des millions d’années, le plus vieux fossile de lichen datant du Dévonien, soit il y 400 millions d’années. C’est donc la preuve que ce sont des organismes qui ont su s’adapter, et le feront encore dans les années à venir. 


 


Auteure : Stéphanie Bentz, biologiste responsable de l’interprétation
Crédit photo : Stéphanie Bentz
Sources : Campbell, Neil A. Biologie. Éditions du Renouveau Pédagogique. 1995.

vendredi 20 juin 2014

Qui est arachnophobe ?

L’arachnophobie est une peur incontrôlable des araignées. Plusieurs personnes ressentent cette peur lorsqu’elles voient des tarentules. Mais la tarentule n’est pas vraiment l’araignée que l’on croit être. Ce que la plupart des gens appellent « tarentule » est en fait une mygale.

Les mygales sont des araignées faisant partie du sous-ordre des Mygalomorphes, un des trois sous-ordres d’araignée. Elles sont plus massives que les deux autres sous-ordres et ont des crochets qui ne se croisent pas. Les mygales utilisent leur venin pour paralyser leur proie et par la suite vont l’ingérer sous forme liquide. Le venin des mygales est puissant et entraine une paralysie chez les proies et une mort rapide. Par contre, très peu des mygales recensées sont dangereuses pour l’Homme. Quelques espèces ont un venin contenant des neurotoxines pouvant causer des réactions au niveau de la morsure. Certaines espèces peuvent provoquer des problèmes plus importants, voir même un coma. Et une seule espèce peut causer la mort, l’Atrax robustus, mais un anti-venin est disponible. En plus du venin, la morsure peut être très douloureuse, à cause de la longueur des chélicères, aussi appelés crocs. Les mygales se retrouvent principalement dans les régions tropicales et subtropicales, surtout dans les forêts profondes et humides. Elles sont aussi gardées par plusieurs personnes comme animal de compagnie.

Mais pourquoi si elles ne sont pas des tarentules, les appelle-t-on ainsi ? La réponse se trouve dans le nom anglais des mygales, tarantula. La plupart des francophones utilisent donc un anglicisme pour désigner cette araignée.

La vraie tarentule est une araignée loup, du sous-ordre Aranéomorphes, présente en Europe. Elle est aussi appelée Lycose de Tarente et on la retrouve autour de la Méditerranée, en Espagne, au Portugal, en Italie et dans les autres pays côtiers, sauf pour la France. Elle creuse un terrier duquel elle sort la nuit pour chasser. Elle peut mesurer jusqu’à trois centimètres alors que la plus grosse mygale peut mesurer jusqu’à trente centimètres de diamètre.

Le nom de tarentule lui vient de la ville de Tarente en Italie et on l’associait au tarentisme, une maladie que l’on croyait causer par la morsure de l’araignée et qui se soignait avec une danse nommée la tarentelle. Il a été prouvé que le venin de la tarentule est inoffensif pour l’Homme et qu’il tue seulement les insectes qui lui servent de nourriture.

Donc qu’elles soient grosses et poilues ou plus petites, les araignées fascinent et effraient. Mais, cette peur nous vient peut-être d’un manque de connaissance sur ces arthropodes qui nous rendent de grands services en mangeant de grandes quantités d’insectes nuisibles.



 

Auteure : Stéphanie Bentz, biologiste responsable à l’interprétation
Photo : Stéphanie Bentz (mygale)

jeudi 15 mai 2014

Voleur masqué


Qui n’a jamais vu un petit voleur masqué s’approcher des maisons en quête de nourriture? Le raton laveur est l’une des espèces les plus adaptables. On le retrouve dans les milieux naturels comme les forêts et les champs, mais aussi dans les villes. Il s’est très bien adapté à l’expansion urbaine.

Un des facteurs qui explique la présence accrue des ratons laveurs en ville est l’accès facile à la nourriture. Comme il est omnivore, il mange de tout et n’a donc pas de difficulté à se nourrir. Les poubelles sont accessibles et plusieurs personnes nourrissent les animaux sauvages, malgré les recommandations de ne pas le faire. Deux autres facteurs favorisent la venue des ratons laveurs dans les villes : l’abondance de gîtes favorables et l’absence de prédateurs naturels. Les seuls prédateurs possibles sont les chats et les chiens.

L’augmentation des populations apporte des modifications dans le comportement des ratons laveurs. En nature, ils sont nocturnes, alors que dans certaines villes, Montréal par exemple, ils sont actifs le jour, pour quémander auprès des Hommes qui les nourrissent. De plus, ils sont très intelligents et réussissent à ouvrir des contenants, des glissières, des portes et même des poubelles avec un mécanisme anti raton laveur. Cet apprentissage est transmis de générations en générations par le biais de l’enseignement des femelles aux petits.

Avec l’augmentation des populations viennent des problèmes. Les ratons laveurs sont de potentiels porteurs de maladies comme la rage et le distemper canin. Certaines de ces maladies sont transmissibles à l’Homme et aux animaux de compagnie. Les ratons laveurs peuvent aussi causer des dommages matériels, lorsqu’ils entrent dans les greniers par exemple. Finalement, lorsque les populations sont beaucoup plus importantes en milieu urbain que dans la nature, il y a des risques de perturber la biodiversité. Prenons  comme exemple le Mont Royal à Montréal, où la population est estimée à cent individus par kilomètre carré, par rapport à onze individus par kilomètre carré en moyenne en nature. D’ailleurs, une diminution des populations de salamandre à points bleus ainsi que des rassemblements de ratons laveurs autour des marais de reproduction ont été observés dans le parc du Mont Royal.

Afin d’éviter les problèmes, des programmes de vaccination sont en cours ainsi que des dispersions de vaccins oraux antirabiques sont effectuées. Il est aussi fortement recommandé de ne pas nourrir les animaux sauvages, de ne pas s’en approcher et de bien disposer de nos déchets afin d’éviter d’encourager la présence des ratons laveurs. Ils sont mignons les voleurs masqués, mais apportent leur lot de problèmes.
 
 
 




Auteure : Stéphanie Bentz, biologiste responsable de l’interprétation
Sources : Denis Fournier, agent technique en aménagement de la faune, Direction des grands parcs et de la nature en ville, Division de la gestion des grands parcs de la ville de Montréal.

Photo : Stéphanie Bentz