vendredi 18 avril 2014

Lièvre ou lapin de Pâques?

 
Avec Pâques qui arrive à grand pas, nous voyons des lapins en chocolat apparaître partout. Par contre, lorsqu’on se promène dans les forêts québécoises, on peut voir des lapins mais aussi des lièvres. Mais lequel des deux avez-vous vu?

Les lapins et les lièvres font partie de l’ordre des lagomorphes. Longtemps considérés comme étant dans l’ordre des rongeurs, ils en ont été dissociés lorsque des chercheurs se sont rendus compte que les lapins et lièvres n’avaient pas une, mais deux paires d’incisives qui poussent constamment. Tout comme leur cousins rongeurs, les lagomorphes sont des herbivores se nourrissant de plantes, de bourgeons, de petites branches, de racines et d’écorce. Étant dans le bas de la chaîne alimentaire, ils sont la proie de plusieurs prédateurs. Ils ont une ouïe fine et un odorat bien développé qui leur permet de rester alerte. La plupart du temps, lorsqu’ils se sentent en danger, ils restent immobiles, à l’ombre d’un arbre, d’un arbuste ou d’une roche. 

Mais comment les différencier? Premièrement, il y a une question de localisation. Les lapins à queue blanche, seule espèce de lapin au Québec, se trouvent seulement au sud de la province. Pour ce qui est du lièvre d’Amérique, le plus commun des trois espèces de lièvres, on le trouve à la grandeur du Québec. 

Deuxièmement, les lièvres sont plus gros que les lapins, avec des pattes et des oreilles plus longues. D’ailleurs, le lièvre d’Amérique peut atteindre des vitesses de 45 km/h et faire des bonds de trois à cinq mètres de longueur alors que le lapin atteint des vitesses de 30 km/h. De plus, les lièvres d’Amérique changent de couleur au cours des saisons passant du brun gris en été au blanc en hiver. 

Les lapereaux, petits du lapin, naissent nus et les yeux fermés dans un terrier couvert d’herbe et de poils. Les levreaux, petits du lièvre, naissent dans une dépression du sol peu aménagée et ils sont couvert de poils et ont les yeux ouverts. Une chose, côté reproduction, qu’ils ont en commun est leur efficacité. En fait, les lièvres et les lapins peuvent avoir jusqu’à quatre portées de un à huit petits par année. 

Donc, la prochaine fois que vous irez en forêt, vous pourrez identifier cet animal aux grandes oreilles. Et si vous êtes dans une forêt gaspésienne, ne vous posez pas la question, il n’y a que des lièvres d’Amérique et donc pas de lapins de Pâques!

 


Auteure : Stéphanie Bentz, biologiste responsable de l’interprétation
Bioparc de la Gaspésie

Source : Prescott, Jacques et Pierre Richard. Mammifères du Québec et de l’est du Canada. Waterloo : Éditions Michel Quintin, 2004. Imprimé.

Photo : Wikipedia Commons

jeudi 20 mars 2014

Chouette! Un hibou!

« La chouette est la femelle du hibou. » Cette croyance populaire est erronée. En fait, la chouette et le hibou sont deux espèces distinctes de la famille des Strigidés.

Les deux se ressemblent en plusieurs points. Ce sont des oiseaux nocturnes chassant principalement la nuit, mais parfois le jour, dépendant des espèces. Ils possèdent des plumes spéciales, totalement silencieuses, leur permettant une approche efficace lors de la chasse. Les petits mammifères sont leurs principales proies, ils peuvent compléter avec des oiseaux et des amphibiens. Leur bec est pointu et leurs serres puissantes. Fait intéressant, tout ce qui est indigeste pour ces oiseaux : les plumes, les os et les poils, est rejeté sous forme de boulette de régurgitation. D’ailleurs c’est un excellent signe de la présence de ces oiseaux.

Les sens les plus utilisés lors de la chasse sont la vue et l’ouïe. Ils ont de gros yeux qui sont fixes, mais ils peuvent tout de même regarder tout autour en tournant leur cou, et ce jusqu’à 270°. Pour ce qui est de l’ouïe, les chouettes et les hiboux ont des oreilles sans pavillons sous leur plumage et la plupart d’entre eux ont des disques faciaux pour amplifier les sons. Par contre, les aigrettes que l’on peut voir sur la tête des hiboux n’ont rien à voir avec les oreilles. En fait, ces aigrettes sont la seule façon de différencier chouette et hibou. Tous les hiboux en ont et aucune chouette n’en a.

En suivant cette logique, on comprend que le grand duc d’Amérique, comme ceux présents au Bioparc, est un hibou. Qu’en est-il du harfang des neiges? C’est une attrape! Le harfang est un hibou, ses aigrettes sont tout simplement cachées sous son plumage, quoique plus visibles chez les femelles et les juvéniles.


Chouette rayée

Grand duc d'Amérique

Harfang des neiges


Auteure : Stéphanie Bentz, biologiste responsable de l’interprétation au Bioparc de la Gaspésie
Photos : Stéphanie Bentz
Source : UQROP

vendredi 14 février 2014

La St-Valentin et la saison des amours

La St-Valentin est la fête des amoureux. Mais tout comme cette coutume qui n’est pas fêté le même jour partout dans le monde, la saison des amours ne se passe pas en même temps pour tous les animaux.
 
On associe souvent le printemps avec la saison des amours; le temps se réchauffe, les journées se rallongent et plusieurs animaux sortent de l’hibernation ou reviennent de leur habitat d’hivernage. Nombreuses espèces profitent de cette période pour se reproduire. C’est le cas des passereaux comme le merle d’Amérique, le chardonneret jaune et le colibri à gorge rubis et aussi des grenouilles et crapauds qui chantent, chacun à quelques semaines d’intervalle, pour attirer les femelles. La naissance des petits à lieu, dans tous ces cas, durant l’été. D’autres espèces comme le loup gris, l’ours noir et l’orignal ont des cycles de reproduction différents.
Le loup gris est une espèce monogame, c’est-à-dire que la femelle choisi le mâle et que le couple reste uni à vie. Ils sont le couple alpha d’une meute et c’est le seul couple de cette meute qui peut se reproduire. La période de reproduction a lieu de janvier à avril et les petits naissent au printemps dans une tanière. Ils seront élevé par la meute, et plus tard y resteront ou la quitteront pour fonder leur propre meute.
L’ours noir, pour sa part, se reproduit en juin et juillet. L’automne est une période importante pour la femelle qui doit faire assez de réserve de graisse pour hiberner et mettre bas durant l’hiver. Les petits viennent au monde en janvier ou février, dans la tanière de la mère et se nourrissent de lait maternel jusqu’à leur sorti au printemps. Ils resteront avec la mère près de deux ans; elle va profiter de ce temps pour leur apprendre à trouver leur nourriture. Ils passeront généralement le premier hiver avec la mère dans une tanière et elle les chassera au moment de la reproduction l’été suivant.
La période de reproduction des orignaux est bien connue des chasseurs, puisque c’est à ce moment, en automne, que la chasse est ouverte. Les femelles, lorsqu’elles sont prêtes, brament pour attirer les mâles. Ils se reproduisent puis la femelle met bas au printemps suivant. Elle s’occupe seule de ses petits qui restent avec elle jusqu’à la naissance des nouveaux petits.
La raison pour ces différentes périodes de reproduction est une question d’évolution. Chaque espèce a évolué de façon à optimiser les chances de survis des petits. Par exemple, la naissance des louveteaux coïncide avec  la sortie d’hibernation de plusieurs petits mammifères. Il en est de même pour les oiseaux et grenouilles, chez qui la reproduction coïncide avec la sortie des graines et des insectes. Comme on peut voir, la nature est bien faite.
 
 
Auteure : Stéphanie Bentz, biologiste responsable de l’interprétation 
Référence : University of Michigan museum of zoology, pages consultées le 11 février 2014. [En ligne], URL : http://animaldiversity.ummz.umich.edu/
 

jeudi 23 janvier 2014

Hiberner ou hiverner?

En Gaspésie, comme dans le reste du Québec, les hivers sont longs et froids. Chaque espèce animale doit donc s’adapter et trouver une façon de passer au travers. Le principal problème en hiver n’est pas seulement le froid mais aussi le manque de nourriture. Certains animaux vont migrer, comme plusieurs oiseaux. D’autres vont se couvrir d’une fourrure épaisse comme les lynx et les couguars. Et finalement, les autres vont hiberner. Mais l’hibernation est un sujet qui fait pas mal jaser. Les scientifiques ont de la difficulté à s’entendre sur la définition de l’hibernation et ce depuis des dizaines d’années.

Dans le monde animal, on retrouve des espèces dites à sang froid et d’autres à sang-chaud. La différence entre les deux est la capacité de réguler la température interne peu importe la température externe. Les grenouilles, par exemple, sont des animaux à sang-froid et donc la température de leur corps varie en fonction de la température de leur environnement. En comparaison, l’Homme a une température constante d’environ 37°C et ce, qu’il fasse 35°C ou -25°C à l’extérieur.

Les animaux à sang-froid des régions froides sont obligés, durant l’hiver, de trouver une méthode pour survivre au froid qui les ferait mourir. Les scientifiques ne s’entendent pas pour dire s’il s’agit ici d’une vraie hibernation ou pas, mais du moins, les animaux à sang-froid tombent dans un état léthargique pour passer au travers des mois froids de l’hiver. Plusieurs amphibiens et reptiles s’enfoncent dans la boue au fond des mares; tout leur métabolisme ralentit, leur température diminue et se stabilise près du point de congélation. La respiration se fait par la peau et est de beaucoup diminuée.

Pour ce qui est des animaux à sang-chaud, bien que capable de réguler leur température, certains ont la tâche plus difficile, généralement à cause de leur grosseur mais aussi de l’alimentation. Plusieurs scientifiques distinguent les vrais hibernants des semi-hibernants. Les vrais hibernants auraient une diminution importante de température corporelle et un ralentissement marqué de leur métabolisme avec des battements de cœurs allant jusqu’à 1-2 par minutes. Ces vrais hibernants entreraient dans cet état de torpeur peu importe la température externe mais plutôt à un moment précis de l’année en fonction de leur horloge biologique. De ces vrais hibernant on compte la marmotte commune et la petite chauve-souris brune. Les semi-hibernants serait plus en état de dormance durant l’hiver. Donc leur métabolisme est ralenti mais beaucoup moins que les vrais hibernants, et leur température corporelle diminue seulement de quelques degrés. De plus, l’entrée en semi-hibernation serait plus une question de température, donc serait différente d’une année à l’autre. On pense ici à l’ours noir, au raton-laveur et à la moufette rayée. Ces animaux seraient aussi plus facilement réveillés durant l’hiver, soit par un dérangement ou par un réchauffement de la température extérieur. D’ailleurs, c’est pendant son « hibernation » que la femelle ours noir mets bas et elle se réveille à l’occasion pour s’occuper de ses petits.

Le concept de l’hibernation est donc un sujet qui est encore très controversé dans la communauté scientifique et les études continuent.


Auteure : Stéphanie Bentz
Référence : Kayser, C. 1961. The Physiology of Natural Hibernation. Pergamon, New York. Pages 21 à 50.
Photo : Bioparc de la Gaspésie

vendredi 13 décembre 2013

Renne ou caribou, qui aide vraiment le Père Noël?

Noël est bientôt à nos portes et le Père Noël va avoir besoin de ses fidèles rennes pour distribuer les cadeaux aux enfants du monde entier. Tornade, Danseur, Furie, Fringant, Comète, Cupidon, Tonnerre et Éclair sont communément appelés des rennes mais on pourrait tout aussi bien les appeler des caribous. En fait, il s’agit de la même espèce, Rangifer tarandus.

Cette espèce vit dans les régions arctiques et subarctiques et c’est l’emplacement des populations qui détermine le nom qu’on lui donne. Le terme renne est utilisé pour les sous-espèces de l’Eurasie alors que caribou désigne les sous-espèces d’Amérique. Chaque sous-espèce est différente, en couleur et en grosseur. Mais plusieurs points restent communs, comme le changement de couleur au fil des saisons, leurs adaptations au froid et à la neige et la particularité que mâles et femelles portent des bois. La fourrure des caribous est brun-grisâtre durant l’été et devient blanche durant l’hiver. C’est une façon pour eux de se camoufler dans divers paysages nordiques. De plus, leurs poils sont creux et remplis d’air, ce qui leur procure un excellent isolant pour les grands froids. Leurs sabots sont aussi adaptés à la toundra. En été, les coussinets plantaires sont spongieux et leur donnent une meilleure traction sur le sol mou et humide. En hiver, les coussinets durcissent et rapetissent, exposant le contour du sabot qui est plus efficace sur la neige et la glace. De plus, ils utilisent les sabots pour creuser la neige afin d’atteindre le lichen, leur principale source de nourriture.

Le caribou est une espèce chassée depuis le mésolithique, soit entre 10 000 et 5 000 ans av. JC. Il est aussi domestiqué du côté Eurasien par des peuples vivant dans l’arctique, pour sa viande, sa peau et ses bois, mais aussi pour son lait et le transport. C’est peut-être de là qu’est venue l’idée des rennes tirant le traineau du Père Noël. En fait, l’apparition de cette tradition vient de poèmes anonymes publiés au début des années 1800, parlant de St-Nicolas en traineau tiré par des rennes.

Le Père Noël est peut être déjà venu en Gaspésie pour recruter des caribous, puisqu’on retrouve une population dans les montagnes gaspésiennes. C’est une toute petite population résidente, qui n’effectue pas de migration et qui est en situation précaire. Pour plus d’information sur cette population, vous pouvez consulter l’article « Journée mondiale des animaux : parlons caribou! » publié sur notre blogue le 1er octobre 2012.


Auteure : Stéphanie Bentz
Crédit photo : Bioparc de la Gaspésie

mercredi 9 octobre 2013

Fruit ou légume?

La citrouille est-elle un fruit ou un légume? Pour répondre à cette question, commençons par la base. Un fruit est le produit de la fleur, c'est-à-dire que la fleur fécondée se transformera graduellement en fruit. À l’intérieur du fruit se trouvent les graines, qui permettront la reproduction. La fraise est un très bel exemple de fruit.

Le légume, quant à lui, se présente sous forme variée. À titre d’exemple, l’épinard est une feuille, la carotte une racine, l’oignon un bulbe et l’asperge une tige. La croyance populaire veut que les fruits soient plus sucrés que les légumes, comme c’est le cas pour la fraise, le bleuet et la pomme. Mais est-ce vrai? Absolument pas, puisque l’avocat, l’aubergine, le poivron, la tomate et le concombre sont également des fruits et leur teneur en sucre est équivalente ou bien moins élevée que certains légumes.

Pour en revenir à la vedette orange vif de l’Halloween, la citrouille est une courge d’hiver faisant partie de la famille des cucurbitacées. Sont également inclus dans cette famille le concombre, le melon miel, le cantaloup, le melon d’eau et la courgette. Les cucurbitacées sont originaires d’Amérique centrale et du Mexique.

Et finalement, pour répondre à la question, vous l’aurez peut-être deviné, la citrouille est en fait un gros fruit orangé! Fruit pour lequel les Canadiens sont prêts à dépenser puisqu’il se retrouve au deuxième rang des dépenses en décoration, tout juste après le populaire sapin de Noël. Quoi qu’il en soit, que l’on consomme des fruits ou des légumes, l’important est de mettre la dent dans une variété d’aliments bons pour la santé!






Auteure : Cindy Gagné

Photo : Mélissa Dumont 

Sources : DORNAN, J., Statistique Canada. Document analytique – Analyse en bref. La citrouille : un légume en plein essor. Division de l’Agriculture. Canada. 7 p. Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation de l’Ontario, page consultée le 3 avril 2013. Culture de la citrouille et de la courge. [En ligne], URL : www.omafra.gov.on.ca/french/crops/facts/00-032.htm

jeudi 5 septembre 2013

Un champignon chevelu!

Avec le mois de septembre s’annonce la saison d’identification et de récolte de certaines espèces de champignons. Un des plus communs sur le site du Bioparc à l’automne est le coprin chevelu (Coprinus comatus), aussi appelé « perruque de juge »! Le connaissez-vous? Il s’agit d’un grand champignon très commun qui pousse en milieu ouvert, tels les parcs, les pelouses, les terres agricoles et les bordures de forêts. Il est muni d’un chapeau cylindrique, le rendant deux à trois fois plus haut que large. Le qualificatif « chevelu » provient des petites mèches blanches qui décorent son chapeau. Le pied est blanc. Les lames situées sous le chapeau prennent rapidement une teinte rosée, puis noircissent. Par la suite, les spores se liquéfient rapidement et dégoulinent. Ce champignon, qui pousse en groupe pouvant atteindre plus de 100 spécimens, est facilement observable entre la mi-septembre et la fin octobre. Il pousse souvent en seulement quelques heures, suite à une pluie abondante, pour ensuite se liquéfier tout aussi rapidement! Épicuriens soyez attentifs puisque le coprin chevelu est comestible! Sa chair est souple et son goût est assez léger. Les risques de confusion avec une autre espèce sont pratiquement nuls. D’ailleurs, c’est l’un des rares champignons à pouvoir être consommé cru. Lors de votre prochaine promenade au Bioparc, vous pourrez largement observer cette espèce.



Auteure : Cindy Gagné
Source : SICARD, M. et Y., LAMOUREUX, 2001. Connaître, cueillir et cuisiner les champignons sauvages du Québec. Éditions Fides. Canada. 319 p.